La réalité virtuelle, bien plus qu'une simple distraction

La réalité virtuelle, bien plus qu’une simple distraction !

Depuis quelques années, notre quotidien évolue au travers de nouvelles pratiques, et de nouvelles méthodes qui font leur apparition pour améliorer notre confort de vie. Récemment, avec le télétravail forcé, nous avons bousculé nos habitudes pour nous adapter à un nouveau quotidien. Bon nombre de personnes ont alors découvert de nouvelles applications, plateformes, ou encore techniques pour effectuer leur travail. La réalité augmentée est de plus en plus utilisée pour meubler son logement, tandis que la réalité virtuelle s’apparente comme un moyen de voyager à l’extérieur de chez soi, participer à un événement en direct, ou encore vaincre la solitude pendant le confinement. 


Toutes ces applications ou technologies existaient bien avant aujourd’hui, mais l’évolution du monde et de ses besoins permet de se diversifier et changer ses habitudes. Aujourd’hui, nous écrivons cet article pour présenter les différents domaines d’applications de la réalité virtuelle, cette nouvelle technologie qui permet de voyager et de s’évader dans un autre monde sans avoir à se déplacer.


Alors, munissez-vous de votre casque de réalité virtuelle, et voyagez à travers ses nombreuses applications médicales !


La VR pour combattre ses phobies

Par définition, une phobie est un trouble psychologique. Elle se traduit par une peur irrationnelle face à une certaine situation. Nous pouvons distinguer plusieurs types de phobies : simples, agoraphobie et sociales. Prenons l’exemple des phobies “simples ou spécifiques”. Elles peuvent être qualifiées par la peur excessive face à une situation, un animal (araignée, serpent, chien...) ou un objet (aiguille, poupée…). Il s’agit des phobies les plus fréquentes et touchent entre 10 et 20% de la population[1]. L’agoraphobie est la peur des lieux publics et des grandes assemblées (et plus précisément de ne pas pouvoir fuir, ou être secouru). Elle touche environ 2 à 3% de la population, à des degrés variables. À cela s’ajoute la phobie sociale, ou la peur d’être observé(e) et/ou jugé(e) par autrui. Elle touche 2 à 4% de la population, et plus particulièrement les femmes [2-3]. 


Différents traitements existent pour soigner les phobies : les psychothérapies, les thérapies cognitives et comportementales (TCC), l’hypnothérapie, ou encore les aides médicamenteuses. Pour parvenir à une désensibilisation, le praticien expose souvent de manière progressive le sujet à sa phobie. Malheureusement, certaines d’entre elles nécessitent davantage d’efforts et de ressources pour les mettre en scène. La réalité virtuelle permet aujourd’hui d’apporter une solution efficace à ces contraintes.


En effet, cette technologie innovante simule la situation qui est la source de sa, ou ses phobies. Grâce à cet outil, il est plus facile de confronter le sujet à ses plus grandes craintes en soutenant le travail de psychothérapie et en lui permettant de réguler progressivement ses émotions dans le but de le désensibiliser. Ce type de traitement par réalité virtuelle fait aussi partie des psychothérapies cognitivo-comportementales ou TCC.


D’après le docteur Stéphane Bouchard, spécialisé dans le traitement des troubles d'anxiété “toutes les études montrent que ce type de thérapies fonctionne dans 85% à 90% des cas”[4]. Un traitement prometteur pour les personnes atteintes de troubles phobiques.

Soulager l’anxiété et la douleur grâce à une technologie innovante ?

L’anxiété est un « trouble émotionnel se traduisant par un sentiment indéfinissable d’insécurité »[5]. La douleur, quant à elle, « est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite dans ces termes »[6]. De par leurs définitions, le trouble anxieux et l’expérience douloureuse sont liés par leur composante émotionnelle. Aujourd’hui, le rôle néfaste de l’anxiété sur le vécu émotionnelle de la douleur est approuvé. 


Dans le contexte médical, les soins peuvent être parfois source d’anxiété et de douleur. À domicile, en laboratoire, ou encore en établissement de santé, la grande majorité d’entre nous redoute de subir une simple piqûre. Il existe là aussi différentes techniques pour soulager les niveaux d’anxiété. 


Concernant les soins douloureux, la réalité virtuelle peut jouer un rôle déterminant dans l’amélioration du confort des patients. Grâce à son pouvoir de distraction et sa capacité d’immersion, elle isole le patient dans une bulle multisensorielle. Elle détourne son attention de l’environnement médical anxiogène pour vivre une expérience du soin différente et agréable.

C’est notamment le cas lors d’une séance de dialyse ou de chimiothérapie. Pendant ces actes anxiogènes, longs, et répétitifs, la distraction par la réalité virtuelle trouve tout son intérêt[7]. D’après les résultats d’une étude préliminaire menée auprès de 50 professionnels de santé en 2019, 98% des professionnels de santé recommandent nos séances en réalité virtuelle.


De plus, la réalité virtuelle peut être associée à d’autres pratiques médicales non-médicamenteuses et non invasives, comme l’hypnose. Au fil des années et de l’évolution, ces deux pratiques non-conventionnelles ont trouvé un intérêt mutuel pour les patients. Grâce à son pouvoir immersif et sa capacité à capter l'attention, la réalité virtuelle s'apparente comme un média de choix pour la démocratisation de la pratique de l’hypnose médicale. Chez CAYCEO[8], au travers de notre dispositif d'hypnose médicale en réalité virtuelle, notre volonté est de développer cette pratique afin que tous les patients puissent bénéficier des bienfaits de l’hypnose.


Née dans les années 2000, cette pratique révolutionne la prise en charge et améliore grandement leur confort. En effet, la recherche montre que cette association permet de réduire différents paramètres qui influent sur le niveau de douleur comme son intensité, son émotion ou encore le temps passé à y penser. La dissociation cognitive permettrait ainsi d’atténuer l’expérience douloureuse.

Enfin, la recherche s’intensifie pour évaluer ses bénéfices quant au rétablissement des patients ou encore leur consommation de médicaments.

Vers une rééducation innovante et surprenante

La réalité virtuelle pourrait également trouver un intérêt dans le domaine de la rééducation fonctionnelle comme par exemple pour l’appareil locco-moteur, en neurologie ou en rhumatologie. Au cours de sa vie, 1 personne sur 6 subira un accident vasculaire cérébral (AVC). Ainsi, chaque année, 140 000 personnes sont atteintes d’un AVC[9]. Sachant qu’un AVC sur deux entraîne un handicap moteur, ou autres troubles, la rééducation est au centre de la guérison. Certaines personnes doivent entamer une rééducation adaptée selon leurs besoins. Les séances peuvent être éprouvantes, longues, et moralement difficiles pour les patients. Selon le Professeur Olivier Rémy-Néris, spécialiste en médecine physique et réadaptation : “la prise en charge humaine, manuelle, du corps auront toujours une place irremplaçable dans la rééducation d’un AVC”[10]Mais aujourd’hui, elles peuvent être accompagnées par les nouvelles technologies. En effet, dès 1995, des robots de rééducation ont permis d’accompagner de nombreux patients, et notamment ceux nécessitant une rééducation encore plus complète. La réalité virtuelle, quant à elle, permettrait une nouvelle approche, encore plus ludique, capable de stimuler les sens du patient dans un univers virtuel, réaliste ou non. 


En 2017, plus de 72 études sur l’utilisation de la réalité virtuelle ont été menées auprès de 2470 personnes victimes d’AVC[11]. Les chercheurs en ont conclu que la réalité virtuelle pourrait améliorer l’autonomie des patients dans les activités de la vie quotidienne, à condition d’être utilisée en complément des soins traditionnels. De plus, grâce à ses outils de captations de mouvement, elle présenterait un réel avantage concernant l’évaluation des progrès des patients.


Aussi, l’université de Duke en Caroline du Nord est l’une des premières à associer l’utilisation de la réalité virtuelle à la robotique. L’objectif est de pouvoir aider les personnes atteintes de paraplégie (paralysie complète ou partielle des membres inférieurs) et retrouver l’usage de leurs jambes. Suite à cette étude, 50% des patients sont passés d’une paralysie totale à une paralysie partielle au bout de 12 mois seulement.[12-13] Des résultats convaincant qui donnent espoir en l’usage des nouvelles technologies pour la science.

La VR pour une formation ludique en totale immersion

La formation est un processus essentiel à l’Homme. Elle concerne tous les domaines d’activité imaginable. Dans le domaine de l’automobile ou de l’aéronautique, la réalité virtuelle est utilisée pour visualiser des concepts et former du personnel depuis déjà quelques années. Peu à peu, le domaine médical s'inspire de ces pratiques.


Chaque année, environ 8 500 internes en médecine sont formés en France[14]. Ils doivent suivre une formation complète et adaptée aux besoins des personnes hospitalisées avant de se confronter à un réel patient. La réalité virtuelle pourrait être un outil de formation pour améliorer ses compétences en amont et diminuer le stress lié à la prise en charge des premiers patients. Par exemple, elle serait capable de reproduire les conditions réelles du bloc opératoire.

La faculté de Médecine de Limoges a notamment fait appel à une société française pour faire tester à ses élèves un module de formation VR[15]. Considérée comme un outil virtuel collaboratif, la réalité virtuelle permettrait d’apprendre tout en s’amusant sur de vrais cas pratiques. Les enseignants seraient capables d’évaluer leurs réactions, leurs gestes, mais également la gestion de leur stress. De manière générale, une immersion totale combinée avec des interactions favorise le processus de mémorisation, et donc l’apprentissage[16]. De plus, la réalité virtuelle pourrait simuler un grand nombre de situations exceptionnelles. Attentats, pandémies, explosion d’une bombe… Tant de situations auxquels les futurs médecins ne sont pas entraînés initialement, et pourraient désormais y être sensibilisés. Ainsi, le CHU de Bordeaux et cette même société ont travaillé en collaboration pour créer le premier simulateur de formation pour la prise en charge des patients présentant les symptômes du COVID-19.

Annoncer une mauvaise nouvelle à un patient fait partie du quotidien des médecins. Effets indésirables, complication de la maladie, erreur médicale… Des situations complexes qu’il faut savoir manier. En effet, les médecins doivent faire preuve d'extrême prudence puisque la manière dont le patient interprétera cette annonce aura des conséquences sur l’évolution de sa maladie. C’est pourquoi l’Agence Nationale de la Recherche décide de financer le projet ACORFORMed[17]. Le principe est simple : créer un patient virtuel capable de simuler les paroles, les expressions, ou les émotions d’un véritable patient. Pour rendre cet avatar bien réel, les scientifiques ont utilisé les enregistrements du CHU d’Anger, et de l’Institut Paoli Calmette, où le patient était interprété par des comédiens. Les étudiants en médecine pourraient s'entraîner avant de devoir annoncer une telle nouvelle à une véritable personne, et choisir les bons mots.

Pour conclure

Pour conclure, la réalité virtuelle et ses usages sont en pleine évolution (voir notre article sur les enjeux de la réalité virtuelle). Elle ne doit pas se restreindre au simple domaine du jeu vidéo. En effet, plusieurs études ont montré son efficacité dans diverses applications : anxiété et phobie, douleur, rééducation ... L’usage de la réalité virtuelle en santé est très récent. Ainsi, trop peu d’études ont été réalisées pour affirmer les résultats d’enquêtes. Cet article a donc pour vocation d’informer, plus que d’affirmer, sur les éventuels avantages de la réalité virtuelle. Néanmoins, cette nouvelle technologie pourrait changer les habitudes et les pratiques des soignants. Les statistiques tendent à montrer une forte évolution de l’usage de la réalité virtuelle en santé. D’ici quelques années, il vous paraîtra peut-être normal de pouvoir utiliser un casque VR avant, pendant ou après un acte médical. Nous espérons pouvoir vous accompagner dans toutes vos situations anxiogènes et douloureuses afin d’améliorer votre confort et votre vécu du soin.

Pour en savoir plus sur l’hypnose médicale en réalité virtuelle, cliquez-ici. 

Auteur : Hanna Huillet-Fontaine - Nicolas Gottardi

Infographies : Hanna Huillet-Fontaine

SAS CAYCEO - Capital social: 46 890€ - RCS: 833 696 313 - 121 rue de Fontcouverte |  Halle Tropisme  |  Atelier 01  |  34070 MONTPELLIER